Journaliste : J’aurais pu ne pas venir à la radio, remettre à plus tard l'enregistrement de cette émission, continuer à lire un livre passionnant que je viens de commencer, regarder un épisode de ma série préférée ou tout simplement faire la grasse matinée... Mais, j’ai choisi de me présenter ce matin au travail et de réfléchir avec vous à la question de la procrastination, cette pratique de remettre toujours les tâches au lendemain. Comment expliquer la procrastination et comment surmonter ce problème quand il commence à nous compliquer la vie ?
Nous allons essayer de répondre à cette question avec Michel Pérez‑Fleury, un formateur en organisation.
Michel Pérez‑Fleury, la procrastination, c’est un mot compliqué qui pourtant définit un comportement que nous connaissons tous.
MPF : Oui, c’est ça, on est tous un peu procrastinateurs, dans la vie professionnelle, dans la vie personnelle... Ce n’est pas une maladie, il ne faut pas la dramatiser, mais il ne faut pas non plus la prendre à la légère, car souvent il y a de la souffrance derrière ce comportement.
Journaliste : Pourquoi procrastinons‑nous, en fait ?
MPF : Les procrastinateurs sont souvent des perfectionnistes ou des personnes qui manquent de confiance en elles, qui ont peur d’échouer... Elles se disent : je ne le ferai que quand je serai vraiment prêt ou prête. Mais la vie nous apprend qu’on ne sera jamais parfaitement prêt. La confiance en soi, c’est de commencer la tâche même quand on n’est pas prêt à 100 %. C’est le fait de commencer qui nous rendra finalement prêt.
On procrastine aussi parce qu’on s’imagine que de petites choses vont se faire vite, on se dit : « ce n’est pas compliqué donc je vais le faire au dernier moment, ça ne me prendra que 5 minutes ». Et ça finit par prendre plus de temps que prévu...
Journaliste : On dit aussi que remettre les tâches au lendemain, c’est se révolter contre le productivisme, les obligations, la pression extérieure...
MPF : Oui, effectivement. Parfois, c’est une décision libre et joyeuse. Il y a une différence entre : je le remets à plus tard et puis ça me rend malheureux, et une situation où je le décide consciemment et je profite de cette décision, du temps libre qu’elle me donne. Dans ce cas‑là, on n’est plus dans quelque chose de pathologique, c’est une forme de résistance. La procrastination peut même nous être bénéfique quand on doit être créatif… Il faut se donner un temps de réflexion après lequel on peut faire quelque chose d'original.
Journaliste : Êtes‑vous d’accord avec les personnes qui disent que la procrastination, c’est la paresse ?
MPF : Non, procrastiner ne veut pas forcément dire que vous êtes quelqu’un de paresseux. Les procrastinateurs ne sont pas des gens qui ne font rien, mais ils font autre chose à la place de certaines tâches. Bien sûr, la procrastination peut prendre différentes formes comme la passivité ou l'indécision, mais très souvent, c’est aussi une planification exagérée qui va éloigner tout ce qui doit être réalisé. Pendant que je m’organise, je ne fais pas mes tâches, c’est un comportement assez typique.
Journaliste : Comment donc faire pour arrêter de procrastiner si ça devient problématique ?
MPF : C’est important d’identifier pourquoi une tâche nous fait peur et ce qui nous pousse à la remettre tout le temps au lendemain. Après, il est indispensable d'appliquer la technique de découper les tâches pour qu’elles semblent moins insurmontables, moins complexes.
Journaliste : Comment peut‑on faire ça ?
MPF : On peut par exemple faire des plans de 5 minutes : je décide ainsi de faire ce que je repousse à plus tard pendant 5 minutes. Après, je peux arrêter ou continuer. Le plus important, c’est d’apprendre à faire le premier pas, de se mettre au travail. Mais avant tout, il ne faut pas se coller une étiquette de procrastinateur.
Journaliste : Merci, Michel Pérez‑Fleury.